La presse en cours

  • ENTRETIEN MERITXELL COLELL

    22 Juin 2017
    nadia meflah
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    Capter le silence

    Meritxell Collel parle comme elle filme, à savoir avec précision et souffle, où ce qui se dit est tout à la fois d’une grande clarté comme d’une intense recherche à saisir ce qui nous secoue. De passage à Paris pour la postproduction de son film Con le viento – Face au vent, la cinéaste espagnole revient sur la génèse de son film, une production PARAISO.

    Par Nadia Meflah. Paris, juin 2017

    A l’origine

    J’étais à Buenos Aires et je rentrais à Barcelone. Pour Con el viento, je voulais parler de la distance, raconter cette sensation d’être loin et proche, tout en faisant le portrait de ma mère et de son village. Dans un premier temps, j’avais pensé faire un documentaire, l’histoire était écrite à la troisième personne. C’est lorsque j’ai rencontré Monica que la fiction s’est imposée à moi. Elle est chorégraphe, et elle partage beaucoup de points communs avec le personnage. Con el viento est un récit basé sur le vécu émotionnel des comédiens, tout comme les miens. C’est un film intime.

    La danse

    J’aime beaucoup la danse même si je ne danse pas. A quatorze ans je suis allée voir Pina Baush et c’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de la danse. La danse contemporaine est l’expression du corps, c’est l’intensification du mouvement, tout comme le cinéma qui est mouvement. Je trouvais que pour mon personnage principal, Monica, la danse était parfaite pour exprimer toutes les transformations qu’elle vit, à la fois physiques et émotionnelles.

    Le pays, la terre 

    Monica part très loin car elle ne peut pas rester proche des siens, c’est aussi très douloureux d’être dans cette distance. C’est la terre qui fait qu’elle revient et reste à la maison. Ces paysages, ce vent, c’est ce qui la fait rester auprès de sa mère, dans cette terre.

    L’espace est très important, la singularité du film vient de ce territoire il y a une présence spéciale des sons, du vent.  Ce paysage que je connais à la perfection, depuis mon enfance, chaque endroit, chaque mouvement. Je ne pense pas images mais sensations données par cette terre.

    De la fabrique

    Nous étions une petite équipe, sept personnes. J’avais une idée très concrète du dispositif, grâce aux repérages photos et vidéos que je faisais chaque été. Pour chaque saison, je déterminais quelle optique choisir. Je voulais partir de quelque chose de très erratique pour réussir à fixer, aller du très fragmenté au plan séquence.

    Travailler avec PARAISO

    Mon projet de film a été retenu à la Cinéfondation à Cannes en 2015 et c’est là que j’ai rencontré Nathalie Trafford. Nous avons eu toutes les deux le désir de travailler ensemble. Ce fut très facile de travailler avec elle car Nathalie a été très présente durant tout le processus du film, dès le scénario où nous avons beaucoup discuté. De même, au montage aussi, sa présence était vraiment importante. Pour moi, c’était fondamentale que la production soit là, tout en laissant la distance, afin de me laisser travailler librement. Nathalie connaissait très bien mon intention, mes idées et mes sensations. Elle était présente pour m’aider à récupérer l’idée initiale du film. Sa présence a fait que le film soit plus riche. En fait, je crois que la direction de la production c’est comme un mariage. On doit aller ensemble du début à la fin. Nous, les réalisateurs, devons entrer dans des questions de production tout comme les producteurs qui doivent être dans des questions créatives. C’est un bon échange

    Transformation

    Le processus de création est très riche. Faire un film, c’est transformateur, il y a un changement très fort, beaucoup de personnes rentrent dans ton projet, ils le changent et toi aussi tu es changé. Maintenant, il faut laisser voler le film. Le laisser vivre tout à fait seul.

    Face au vent – Con el viento 

    Premier long métrage d’une jeune réalisatrice espagnole, Con el viento – Face au vent de Meritxell Colell est le récit d’une femme, Monica, danseuse âgée de 47 ans qui vit à Buenos Aires, bien loin de son pays natal, l’Espagne. Sa jeune sœur Elena la contacte, leur père est mourant. Monica revient, après plus de vingt ans, dans cette terre rocailleuse et froide du nord de l’Espagne. Villamartin de Villadiego n’est peuplé que de personnes vieillissantes, sa mère Pilar veut vendre la maison et partir.

    Le paysage désertique, comme le vent automnal, les entoure. Le silence aussi. La danse est son refuge, mais comment relier son corps à sa terre, à sa mère, à elle-même ? Dans les gestes du quotidien, dans le travail des champs, de l’hiver au printemps, peu à peu quelque chose advient dans cette terre de solitude. Une chorégraphie, un souffle, un éclat, un visage enfin.

    Le site de la cinéaste Meritxell Colell – en anglais et espagnol, vous propose son parcours, sa filmographie, ainsi que des vidéos qui reviennent sur son processus de création

    La chaîne YOUTUBE de Paraiso vous propose aussi de retrouver l’entretien filmé avec Merixtel Colell.

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  • OSTINATO, AL-ÁNDALUS

    22 Juin 2017
    nadia meflah
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    Ostinato, al-Ándalus, un film de Anne-Marie Faux

    Œuvre intimiste où la mémoire s’enlace dans l’histoire, le film nous invite à une élégie, de Montfermeil à la Kabylie, de la Palestine à Grenade. Véritable cheminement poétique que nous offre Anne-Marie Faux, nous devenons, au fil du récit, des regards qui se souviennent, et ce avec une délicatesse qui murmure longtemps en nous.

    Synopsis

    Il y a ce dont je me souviens et ce dont je ne me souviens pas, comme nous tous, et l’un importe autant que l’autre, comme importent autant l’un que l’autre l’imaginaire et le réel, les vivants et les morts. Il arrive que la Méditerranée pleure comme il arrive qu’elle danse, qu’elle enfante et qu’elle noie. Berceaux, tombeaux, elle est nôtre, depuis le soupir du Maure à Grenade aux insurrections de Montfermeil, des montagnes de la Kabylie au bruit de l’hospitalité à Marinu d’Albu. Peut-être est-il venu le temps de dire cette mer pour entrevoir ce que nous ferons quand la guerre sera finie.

     

    Programmé aux Écrans Parallèles du FID 2017 à Marseille, le film est projeté

    • le vendredi 14 juillet 2017 – 21h30 – Villa Méditerranée
    • le lundi 17 juillet 2017 – 13h15 – Villa Méditerranée

    Ostinato, al-Ándalus

    Réalisation : Anne-Marie Faux

    Scénario : Anma Baroudi

    Directeur de la photographie : Tahar Kessi

    Son : Jules Wysocki

    Musique : Tahar Kessi

    Montage : Tahar Kessi et Margaux Serre

     

    La cinéaste

    Anne Marie Faux est cinéaste, plasticienne, et enseignante. Elle a écrit de nombreux films et documentaires.

    Filmographie

    Le bruit du temps, Messaoud, 2014, 63 minutes, Fid Marseille, Rencontres de Béjaïa, Algérie

    Et que l’espérance est violente, 2011, 13 minutes, Festival de Pantin

    Face au vent, partition buissonnière, 2010, 45 minutes, Fid Marseille, Corsica doc, Ajaccio, Écrans documentaires, Arcueil, Epinal, Pantin Diffusion : Cinécinémas (2011)

    Hic rosa, partition botanique, 2008, 53 minutes, Prix du GNCR Fid Marseille, Prix du Rayon Vert à Cerbère. Sélectionné à Pantin, Mar del Plata, Oberhausen, Lisbonne, Beyrouth, Rome, Ajaccio…Diffusion : Ciné-cinémas (2008), Musée du Jeu de Paume, soirée Bref au MK2 Quai de Loire

    Maurice Pialat, l’amour existe (co-réalisé avec Jean-Pierre Devillers), 2007, 80 minutes. Compétition officielle au Festival de Cannes – Diffusion : France 3 – Sortie salles Bodega films (2007)

    Renoir(s), en suivant les fils de l’eau  (co-réalisé avec Jean-Pierre Devillers), 2005, 52 minutes Diffusion : France 5

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  • ACTUALITÉS JUIN 2017

    21 Juin 2017
    nadia meflah
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    Une actualité foisonnante en ce début d’été pour PARAISO qui est engagé dans de nouveaux projets  alors que d’autres entament une carrière en festivals.

    Deux films produits au sein de PARAISO qui entrent au catalogue : Face au ventCon el viento de Meritxell Colell et Ostinato, notes pour la Méditerranée d’Anne-marie Faux. Lors de son passage à Paris pour la post-production de son film, la cinéaste, Meritxell Colell, nous a accordé un entretien où elle revient sur la genèse de son projet comme de son travail au sein de PARAISO

    Nous sommes particulièrement fiers du choix que le FID a fait de sélectionner le dernier film d’Anne-marie Faux, Ostinato, notes pour la Méditerranée. Œuvre intimiste où la mémoire s’enlace dans l’histoire, le film nous invite à une élégie, de Montfermeil à la Kabylie, de la Palestine à Grenade.

    Nous continuons notre travail de développement avec pour cette saison 4 nouveaux projets :

    • Nuée ardente de Raphaël Neal – Fiction – 90 min – Tournage en France et en Italie

    Le diagnostic vient de tomber : Eric, 27 ans, est atteint de polymyosite, une maladie rare qui le condamne dans un an ou deux, à la paralysie totale. Malgré le soutien de ses amis et de sa famille, il décide de partir tout seul de Rome jusqu’en Sicile. Eric découvre l’Etna, menacé par l’imminence d’une éruption volcanique.

    • Temps vertical de Lois Patino – Fiction – 80 min – En coproduction avec Zeitun Films (Espagne)  – Tournage en Espagne

    Un village de pêcheurs de Galice où tous les habitants sont immobiles. Deux vieilles sorcières cherchent à comprendre ce qui est arrivé à ce village. Au fil de leurs investigations se construit un portrait pluriel de cet espace singulier.

    • L’employeur et l’employé de Manuel Nieto – Fiction – 110 min – En coproduction avec Roken Films (Uruguay) et Pasto (Argentine) – Tournage en Uruguay

    Alors qu’un employé vient de débuter dans son nouveau travail, son bébé meurt lors d’un accident du tracteur qu’il conduisait. La culpabilité naît chez les personnages, et avec elle la nécessité de la calmer. La peur du patron, à cause d’une plainte déposée, se mêle à l’ambition de l’employé qui veut faire courir le cheval, et on ne distingue plus les bonnes intentions des actes réalisés par intérêt. Le patron veut aider son employé en le sortant de sa solitude

    • Les paradis de Diane de Carmen Jaquier et Jan Gassmann – Fiction – 80 min – En coproduction avec 2:1 Films (Suisse)  – Tournage en Suisse et en Espagne

    Diane et Martin s’apprêtent à accueillir leur premier enfant. Dans le taxi qui les mènent à la maternité, ils échangent un dernier baiser. Diane accouche d’une petite fille, l’entourage est ravi. Mais la jeune mère est incapable de prendre l’enfant dans ses bras. Submergée, épuisée, elle s’enfuit dans la nuit et monte dans un bus pour une destination inconnue. Commence alors une longue errance où Diane, en quête d’une nouvelle identité, questionne et détruit ce qu’il y a de « femme » en elle.

    Après une tournée internationale et une sortie salles en France début décembre 2016, nous sommes particulièrement touchés de vous annoncer la sortie au Liban du film Go Home de Jihane Chouaib dans lequel rayonne toute la farouche mélancolie de l’actrice Golshifteh Farahani. Le film est programmé au Métropolis à Beyrouth. Quelques instantanés de cette très belle rencontre

    Alors que la période estivale s’approche, n’hésitez pas à re-découvrir nos courts-métrages, disponibles en VOD, certains vous surprendront par leur force d’évocation quand ce n’est pas par leur troublante résonance avec notre époque…

    Très bel été en cinéma !

     

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  • ACTUALITÉS MAI 2017 – NEWS IN MAY, 2017

    22 Mai 2017
    nadia meflah
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    Afin d’approfondir les relations professionnelles au niveau international, nous avons mis en ligne la version anglaise du catalogue de PARAISO qui comprend 14 longs métrages et 30 courts métrages. Paraíso a contribué à l’émergence de nouveaux talents tels que Véronique Aubouy, Matias Bize, Jihane Chouaib, Fabianny Deschamps, Camila Guzman, Katell Quilévéré, Bruno Rolland, Alicia Scherson, Andrès Wood.

    Les films ont été sélectionnés dans de nombreux festivals en France et à l’international, notamment à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes (L’enthousiasme, de Ricardo Larraín, Mon ami Machuca, d’Andres Wood), à Berlin (Je suis Annemarie Schwarzenbach, de Véronique Aubouy), à Toronto (Le rideau de sucre, de Camila Guzmán Urzúa) à Busan (Go Home, de Jihane Chouaib) ou encore encore Belford ( Belle dormant d’Ado Arrietta). En 2016, Isola, le nouvel opus de Fabianny Deschamps a fait partie de la sélection de l’ACID au festival de Cannes.

    Nous développons une dizaine de projets, dont deux courts-métrages, deux documentaires de création, ainsi que deux longs-métrages en production déléguée et quatre en coproduction avec l’Espagne et Cuba.

    2017 est aussi l’année de la sortie en salles de Belle Dormant et d’Isola.

    Vous trouverez aussi sur le site, et sur les réseaux sociaux, une présentation détaillée des films courts disponibles en VOD. Il s’agit, pour nous, de vous inviter à découvrir les premiers pas de cinéastes qui, pour la plupart, ont été repérés et programmés avec leurs films au festival de Cannes, comme par exemple cette année avec Salvatore Lista sélectionné à la Semaine de la Critique pour son dernier court métrage ….

    Nous vous souhaitons un très bon festival de cinéma ….

    For deepening relations with international partnerships, we have put online the English version of the catalog of PARAISO. Our catalogue includes 14 feature films and around 30 shorts. We mainly work in Art house films

    Among this films, we would highlight Je suis Annemarie Schwarzenbach by Véronique Aubouy premiered at the Berlinale-Panorama, Machuca by Andrés Wood, presented at the Quinzaine des Réalisateurs-Cannes festival, Go Home by Jihane Chouaib selected at Busan and Dubai and El telón de azúcar (The sugar curtain) by Camila Guzmán Urzúa with a triple selection, Toronto, Berlinale and San Sebastian. 

    In 2016, Paraíso has released Jihane Chouaib’s debut fictional feature,Go Home , shot in Lebanon and starring Golshifteh Farahani. Isola by Fabianny Deschamps was also premiered at ACID selection, Cannes Festival.

    In 2017, Belle dormant by cult filmmaker, Ado Arrietta, with Mathieu Amalric, Niels Schneider, Ingrid Caven has been released in theaters.

    Paraíso is also developing A summer with Diogo, the first feature of Pierre Primetens, Agosto by the Cuban Armando Capó, in coproduction with avec La Feria Producciones and Facing Wind by Meritxell Colell in coproduction with Polar Star Films.

    You will also find a detailed presentation of short movies in VOD. You can discover their first steps in the cinema. Most of them were selected in Cannes with their first movies, as for example this year with Salvatore Lista, selected by Semaine de la Critique  for its last short film ….

    We wish you a very good festival…..

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  • ACTUALITÉS AVRIL – MAI 2017

    15 Mai 2017
    nadia meflah
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    Paraíso Production Diffusion compte à ce jour 30 courts métrages.

    Pour certains cinéastes, c’était leurs premiers pas. Fidèle à l’attention accordée au processus de création, Paraíso a soutenu et accompagné la plupart de ces jeunes cinéastes, leur permettant ainsi de développer leurs projets.

    Nous sommes donc particulièrement fiers de vous présenter ici leurs courts métrages, disponibles en VOD, que ce soit les films de Jihane Chouaib, Fabianny Deschamps, Florence Miailhe, Katell Quillévéré, Bruno Rolland, Jérôme Schlomoff, entre autre.

    Sortie en salle en France le 18 janvier chez Capricci, Belle dormant d’Ado Arrietta est désormais programmé en Espagne avec Capricine depuis ce 31 mars 2017. Pour marquer l’évènement, un concert fut donné à cette occasion par Ingrid Caven, actrice aux talents multiples. Le film est programmé à Madrid, Barcelone, Valencia, Gerone, Sant Feliu, Saint-Jacques-de-Compostelle, Vigo, La Coruna.
    Nous vous souhaitons un joli printemps cinéphile.

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  • Albertine a quitté Jean un film de Véronique Aubouy

    6 Mar 2017
    nadia meflah
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    Après Je suis Annemarie Schwarzenbachune production Paraiso sortie en 2015, Véronique Aubouy est actuellement en post-production pour son nouveau film Albertine a quitté Jean, dont le tournage a eu lieu en avril 2016. Le film est produit par Paraiso, avec le soutien de la région Pays de la Loire et en coproduction avec LMTV. Albertine a quitté Jean est une adaptation littéraire qui plonge le spectateur dans le conte. Jean, l’acteur du film est le narrateur qui, avec ses mots, arrange l’histoire de Marcel Proust, se l’approprie pour la rendre intelligible à son entourage et indirectement au spectateur.

    Le récit

    Jean Houtin, pompier volontaire, lecteur et fou de Proust, raconte à ses collègues de la caserne la disparition de son amie Albertine. Adoptant le Je du narrateur du livre Albertine Disparue, avec lequel, en lecteur passionné, il se confond, il livre un récit improvisé troublant, qui entremêle fiction d’hier et réalité d’aujourd’hui, émotions imaginées et vécues. Ses collègues, qui ne connaissent pas le livre, écoutent l’histoire qu’il leur raconte à la première personne et tutoient cette personne hybride, fusion de Proust et de son lecteur. C’est une histoire d’une autre époque qui se révèle de notre temps. Jean vit d’ailleurs le livre Albertine disparue comme tel. Il en a sa propre perception, intime et personnelle, inséminée dans sa vie. En le racontant à ses collègues dans cette caserne où il se rend quotidiennement,
    guidé par le souvenir plus ou moins précis qu’il en a, Jean parle avant tout de lui. Car tout en utilisant des termes comme baron, servante, télégramme, blanchisseuse, ce sont les mots de son propre chagrin, de sa propre jalousie qu’il emploie pour dire le chagrin du Narrateur, son processus de deuil… Porté par sa subjectivité, privilégiant tel épisode, oubliant tel autre, Jean improvise sa narration. Et ses collègues amis de la caserne réagissent aux péripéties de l’histoire, perturbent sa narration par leurs interventions, créant ainsi des moments de vie fragiles et spontanés.

    Le livre
    Albertine disparue est le tome 6 de A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust. Dans le livre précédent, La Prisonnière, le Narrateur a vécu secrètement dans son appartement parisien avec une jeune fille, Albertine. Il la tenait cloîtrée, faisant surveiller de près ses moindres sorties. En ouverture d’Albertine disparue, la jeune fille vient de quitter le Narrateur. Elle s’est réfugiée en Touraine, chez sa tante. Fou de douleur, le Narrateur dépêche son ami Saint-Loup en Touraine pour qu’il négocie son retour avec elle et sa tante. Mais il n’en a pas le temps, car Albertine meurt subitement d’un accident de cheval. Le Narrateur découvre les affres d’une autre jalousie, la jalousie post-mortem. Il paie Aimé, le maître d’hôtel du Grand Hôtel de Cabourg pour enquêter sur ses relations avec des filles. Plus il paye, plus il obtient des descriptions d’une précision terrifiante qui le confortent dans ses pires craintes.
    Parti à Venise avec sa mère, son chagrin resurgit brusquement lorsqu’il remarque, dans un tableau de Carpaccio, un des nobles vénitiens portant un manteau qu’il reconnait instantanément : c’est le même que celui qu’Albertine portait le dernier soir avant qu’elle le quitte. Ce manteau, le génial couturier Fortuny l’a donc pris dans ce tableau de Carpaccio, avant de le jeter sur les épaules d’Albertine. Quelques temps après, chez Gilberte près du Combray de son enfance, il découvre en se promenant dans la campagne que les deux promenades (le côté de Swann et le côté de Guermantes), qu’il croyait aussi opposées qu’inconciliables, sont en réalité une seule et même. Plusieurs croyances de son enfance sont ainsi démystifiées.  http://www.aubouy.fr/proust-lu/projets/43-albertine-disparue.html

    Véronique Aubouy au sujet de son film

    Ce jeu d’adaptation touche directement mon désir de faire du cinéma. Avec cette approche documentaire d’une parole libre, mais tournée comme une fiction par une volonté de mise en scène et de direction d’acteurs, je place le spectateur entre son beau siège de cinéma et le strapontin confortable qui se déplie à ses côtés. Le spectateur a une fesse sur chacune de ces deux assises, il passe de l’une à l’autre, il passe du documentaire qui joue sur la véracité à la fiction qui joue sur le crédible. Le personnage Jean que nous avons devant nous parle de lui-même comme s’il était le Narrateur de Marcel Proust, qui avons-nous réellement donc devant nous ? C’est tout l’enjeu du film.

    La réalisatrice

    Née en 1961, Véronique Aubouy est cinéaste et artiste. Elle construit une oeuvre singulière fortement empreinte de littérature et de musique, où se croisent films documentaires et de fiction, mais aussi performances et installations vidéo et photographies. Elle a entrepris depuis 1993 la lecture filmée de A la Recherche du temps perdu de Marcel Proust par des gens de tous horizons, en toutes situations. Montré sous forme d’installation (Musée d’art moderne de la ville de Paris, 2012 ; Grand Palais, Paris, 2009 ; Villa Medicis, Rome, 2006…) ce film Proust Lu dure à ce jour 116 heures et comptabilise près de 1200 lecteurs. La Recherche devient une matière que Véronique Aubouy modèle indéfiniment. Entre 2008 et 2012, elle crée sur Internet une oeuvre dérivée de Proust Lu, Le Baiser de la matrice (2008-2012) un logiciel qui permet à des internautes du monde entier de lire Proust sur leur web-cam. Dans sa performance Tentative de résumer A la recherche du temps perdu en une heure, (Musée Carnavalet ; Bibliothèque historique de la ville de Paris, 2014) elle improvise à chaque fois un récit à partir de souvenirs de lecture, livrant ses perceptions intimes et changeantes de l’oeuvre.
    Côté cinéma, de 1982 à 2001, Véronique Aubouy a été 1ère assistante de réalisation avec entre autres : Laurent Heynemann, Denys Granier-Defere, Robert Altman, Bertrand van Effenterre, Frederic Wiseman. Véronique Aubouy a d’abord réalisé des films courts de fiction dont Le Silence de l’été, montré au festival de Cannes 1993 dans la section Un certain regard, et de nombreux films documentaires, comme Un musicien passe, portrait de Zoltan Kocsis (2000, France 5) Je ne suis pas un homme en colère, portrait d’Edward Bond (2002, Arte) Les Travaux de Luca Ronconi (2003, Arte) ou Bernadette Lafont, une sacrée Bonne Femme (2013, France 5).
    Son premier long métrage de cinéma Je suis Annemarie Schwarzenbach a été sélectionné au festival de Berlin 2015 dans la section Panorama, le film est sorti en France le 15 avril 2015.
    Son premier livre, À la lecture, co-écrit avec Mathieu Riboulet, a été publié en septembre 2014 chez Grasset. Véronique Aubouy parle couramment l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien et a des notions de russe, de hongrois et de portugais. Véronique Aubouy est membre de la commission numérique de la SCAM.

    Vous trouverez ci-dessous une galerie de photos issus du tournage : un aperçu du travail de la réalisatrice, tout à la fois réaliste, mystérieux, incongru et romanesque.

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  • ACTUALITÉS MARS 2017

    2 Mar 2017
    nadia meflah
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    Depuis sa création, Paraiso s’engage auprès des auteurs, dès les prémisses, afin d’accompagner au mieux l’émergence de nouveaux talents. Nous sommes particulièrement ravis de vous présenter les cinq projets en développement, trois fictions, un documentaire et un essai.

    Après Je suis Annemarie Schwarzenbachune production Paraiso sortie en 2015, Véronique Aubouy est actuellement en post-production pour son nouveau film Albertine a quitté Jean, dont le tournage a eu lieu en avril 2016.

    Nous sommes ravis de vous annoncer que le film Go Home de Jihane Chouaib sort dans les salles de cinéma en Belgique.

    ***********************

    Pour cette année 2017, cinq films sont en chantier au sein de Paraiso. Cinq territoires différents, six cinéastes qui œuvrent à relier l’intime aux vibrations du monde qui nous entoure, entre l’ici, maintenant, et l’ailleurs qui ne cesse de revenir. Que ce soit dans les gestes d’un artiste peintre, dans l’attention d’un cinéaste pour les émois d’un adolescent, d’un retraité mélancolique, d’une guerre qui ne cesse de finir. De l’univers de Marcel Proust au coeur d’une caserne de pompiers en Mayenne à un jeune cubain confronté à la misère et à l’aventure, des soubresauts des mondes nés de la Méditerranée, matrice de notre temps, entre Palestine et Algérie, Grenade et Montfermeil, d’un port portugais où les désirs affluent, cinq films qui effectivement sont des chantiers d’exploration tant artistiquement qu’économiquement.

    Pour chacun de ces films, il y a à inventer de nouvelles formes, de nouvelles stratégies mais aussi faire perdurer, enraciner ce qui fait production, cinéma, création.

    • Albertine a quitté Jean, une fiction de Véronique Aubouy, avec le soutien de la région Pays de la Loire et en coproduction avec LMTV.
    • Agosto, une fiction du cinéaste cubain Armando Capó, en co-production avec La Feria Producciones.
    • Ostinato, notes pour la Méditerranée, un essai-documentaire d’Anne-Marie Faux.
    • L’homme qui peint des gouttes d’eau, un documentaire de Oan Kim et Brigitte Bouillot, avec Brouillon d’un Rêve de la Scam.
    • Un été avec Diogo une fiction franco-portugaise de Pierre Primetens, avec le soutien de Ciclic, en co-production avec Hellish Producciones (Espagne).

    Nous attirons tout particulièrement votre attention sur le film de Véronique Aubouy, Albertine a quitté Jean, actuellement en post-production. Après Je suis Annemarie Schwarzenbach un biopic libre de l’écrivain et grande voyageuse suisse des années 30, Annemarie Schwarzenbach, la réalisatrice poursuit son exploration cinématographique, toujours par le biais du mot. En effet, Albertine a quitté Jean est une adaptation littéraire qui plonge le spectateur dans le conte, nourri par l’univers singulier de Marcel Proust. Jean est un jeune retraité, pompier volontaire en Mayenne. Pour ses collègues de caserne, il est aussi un narrateur enfiévré. Il leur raconte le souvenir de sa lecture du livre Albertine Disparue de Marcel Proust. Sa passion trouble son récit où s’entremêlent la fiction d’hier et la réalité d’aujourd’hui. Jean, peu à peu, livre autant sa vie intime que l’univers proustien pour ses camarades qui n’hésitent guère à s’investir dans cet étrange rituel romanesque….

    Après avoir sillonné les festivals du monde entier (Busan, Dubaï, Beyrouth, Seattle, Edimbourg, Turin, Calcutta, Bruxelles, Munich, Seattle, etc.) et découvert les salles en France, en Suisse et au Liban, Go Home continue sa sortie à l’internationale, cette fois-ci en Belgique. Une avant-première est prévue à Bruxelles le mercredi 8 mars 2017, une sortie salles avec notre partenaire belge, Eklektik Productions co-producteur du film.

    Nous vous souhaitons un mois de mars hautement cinéphile et sans trop de frimas…

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  • QUI EST JIHANE CHOUAIB ?

    1 Déc 2016
    amirouche
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    Tout à la fois scénariste et réalisatrice, Jihane Chouaib s’inscrit dans une œuvre intimiste et troublante. De Dru à Go Home, le féminin est en bordure de soi, comme en état d’alerte, entre l’éveil et le repli, la quête et l’absence ; et ce dans une dimension délicatement tragique. La tragédie du Liban comme celle de tous les exilés, exil du féminin comme l’exil du réfugié. Quel est ce corps à corps que nous propose la cinéaste ? Quelle est cette vérité impalpable et pourtant tant désirée ?

    Tels sont les chemins de traverse que nous propose depuis plus de 15 ans la scénariste et réalisatrice Jihane Chouaib, auteure de ses films qui, avec patience, sculpte un état du monde où la fragilité de la blessure se noue à la puissance de la renaissance.
    (suite…)

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  • ACTUALITÉS DÉCEMBRE 2016

    15 Nov 2016
    amirouche
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    Pour cette rentrée automnale 2016, PARAISO vous propose plusieurs rendez-vous autours de ses dernières productions.

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  • ENTRETIEN AVEC NATHALIE TRAFFORD

    2 Nov 2016
    amirouche
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    Le tout nouveau site de PARAISO a été lancé il y a un mois, nous vous proposons de découvrir cette fois-ci l’origine de la maison de production PARAISO PRODUCTION DIFFUSION, créée par Nathalie Trafford il y a plus de vingt ans.

    A travers un entretien qui revient sur la genèse mais aussi sur les enjeux actuels de la production cinématographique indépendante, Nathalie Trafford, productrice engagée dans la recherche de nouveaux talents, explique en détails les réalités de son travail. N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions, ce site a aussi été créé dans cet esprit de partage des connaissances.

    Créée en 1996 par Nathalie Trafford, PARAISO PRODUCTION DIFFUSION est aussi membre d’ACE depuis 2012. Fort d’une expérience de plus de 20 ans, PARAISO compte à ce jour 30 courts métrages et 14 longs métrages d’auteur de fiction issus de différents pays.

    PARAISO a contribué à l’émergence de nouveaux talents tels que Véronique Aubouy, Matias Bize, Jihane Chouaib, Fabianny Deschamps, Camila Guzman, Katell Quillévéré, Bruno Rolland, Alicia Scherson, Andrès Wood. PARAISO est présent sur les grands festivals internationaux, de Berlin à Cannes, tout comme son engagement dans des co-productions, avec le souci constant de soutenir et d’accompagner des oeuvres novatrices.
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    La création au cœur

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    Qu’est-ce qui t’a motivé à créer PARAISO ?

    C’est la  nécessité ! De fait, il y a plus de vingt ans que j’ai commencé à avoir l’envie de produire des films. Mais je dois aussi ajouter que je n’avais pas du tout envie de créer une boite de production. J’étais plutôt dans le désir de mettre en relation les gens qui avaient un projet de cinéma. Je venais d’Espagne où je connaissais pas mal de producteurs et des gens du métier, je vivais déjà en France et je découvrais aussi le Chili. J’avais ce désir de nouer des liens, de mettre tout ça en relation. Un projet de long métrage a surgi, il s’agit de L’enthousiasme de Ricardo Larraín, et c’est à ce moment précis qu’il y eu la nécessité à ce que je crée une boite de production en France.

    Comment as-tu trouvé ce titre Paraiso ? C’est assez énigmatique, comme si déjà ce titre indique le fil rouge de la production, son engagement esthétique…

    Plusieurs raisons m’ont amené à choisir ce titre Paraiso. Je voulais un titre en espagnol, car c’est ma langue maternelle, tout comme le français. De plus, il y a ce lien phonétique avec Valparaiso au Chili, ce qui me tient particulièrement à cœur. Et puis, au tout début, les locaux de la production étaient tout près du cimetière du Père Lachaise, il y avait une évidence à ce que ce titre soit celui-ci.  Je suis attirée par les films qui frôlent les limbes, qui œuvrent aux frontières, dans un no man’s land assez fécond. C’est dans ce territoire indéterminé que des croisements peuvent surgir, des rencontres inattendues, qu’elles soient formelles, humaines ou tout simplement sensorielles. J’ajoute que vivant désormais la plupart du temps en Espagne j’ai aussi créé l’envers de Paraiso, Hellish Producciones qui signifient les Productions Infernales…

    Peux-tu nous raconter alors ta première expérience de productrice ? A quelle réalité tu t’es confrontée ? Quels obstacles ?

    Avant tout, je dois dire, qu’en dehors d’une formation cinéma à NYU, je n’ai pas fait d’études dans une école de cinéma. J’ai suivi des études en histoire de l’art à la Sorbonne, alors que j’étais déjà passionnée de cinéma. Dès l’âge de seize ans, je savais que je voulais travailler dans le cinéma. En Espagne, j’ai débuté sur un tournage, j’avais 17 ans et j’étais à la décoration. Très vite, j’ai réalisé que je n’étais pas bonne à ce niveau, je ne savais pas bien dessiner. J’ai fait alors de l’assistanat, j’ai même réalisé un court métrage. J’ai ainsi dérivé de plus en plus vers la fabrication des films. C’est en faisant du cinéma que j’ai appris à faire du cinéma. Lorsque j’ai produit mon premier film au Chili, comme coproductrice j’ai rencontré le premier obstacle, en travaillant avec un cinéaste qui était aussi le producteur de son film, ça complique beaucoup le dialogue. Et puis il a fallu aussi me confronter et me battre, par rapport au sujet du film. Nous produisons un long métrage qui parlait du Chili en train de changer, en pleine mutation sociale et politique. Or, en Europe et aussi en France, ce n’était tout simplement pas acceptable. Il fallait essentiellement parler du Chili de Pinochet et de la dictature, le reste importait peu. Le Chili contemporain était inaudible pour nos partenaires européens. J’ai eu des retours insensés de la part des gens qui me disaient « non, ça ce n’est pas le Chili ! » On a réussi tout de même à trouver un partenaire, assez fort, en Espagne. Deux incroyables comédiennes dont Carmen Maura étaient avec nous, et en France nous avons réussi à monter le financement avec le fonds sud et Arte via l’Allemagne. Lors du tournage, la production s’est bien passée, et c’est au moment du montage que les problèmes sont revenus du fait de travailler avec un réalisateur-producteur. Le film est tout de même allé à la quinzaine des réalisateurs à Cannes.

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    En tant que productrice, tu sembles très impliquée, et ce, dès le scénario

    Ce qui m’intéresse avant tout, c’est de travailler au plus près des cinéastes, de les accompagner, de les aider à accoucher de leurs projets. Je suis de très près le développement. C’est là où je me sens le plus à l’aise. Il s’agit d’aider à ce qu’une idée devienne un film. Ça demande du temps, c’est très important pour ce processus de création. Pour l’écriture du scénario, je peux faire appel à des collaborateurs, ce sont soit des consultants soit des scénaristes qui viennent aider à la construction du scénario. Il y a aussi le travail en amont avec les acteurs, avec qui on peut déjà travailler avant le tournage, où on peut filmer des bouts. Parfois, l’écriture du scénario peut vous faire partir très loin dans l’abstrait, ce qui vous éloigne du cinéma. Je travaille ainsi, afin de rendre de plus en plus prégnant et concret le scénario. Je mets tous ces outils en place afin de trouver les financements. Tous les producteurs s’impliquent dans le développement, enfin il me semble, même si je sais aussi que beaucoup de producteurs ne lisent pas les scénarios…Par contre ils peuvent être formidables pour trouver des partenaires ou pour vendre.

    Quel regard portes-tu sur l’évolution de la production ? Je pense notamment au problème de la distribution des films d’auteurs.

    Actuellement, ce qui affecte le plus mon métier de productrice, c’est la prolifération des films qui, chaque mercredi, arrivent sur les écrans de cinéma. Il devient très difficile de distribuer des films d’auteur. Mais néanmoins, je trouve que c’est aussi un phénomène très intéressant de voir autant de films nouveaux venus d’ailleurs. Lorsque j’ai commencé dans la production, les cinématographies du monde étaient très identifiées et très peu nombreuses. Au début de ma carrière, au Chili, il n’y avait que deux réalisateurs produits et surtout distribués, ce qui n’est le plus le cas à l’heure actuelle, et c’est tant mieux. Cette réalité est valable pour n’importe quel pays du monde où il y a des réalisateurs, intéressants et informés. C’est tout à la fois extraordinaire, mais ça crée aussi une offre de films assez difficile à absorber par les réseaux des salles. En France, nous sommes encore assez privilégiés, car nombreux sont les pays où il n’y a que très peu de salles. La difficulté première demeure tout de même celle de distribuer ces films. C’est mon plus grand obstacle. Je sens que l’on perd, en tant que producteur, l’intuition esthétique. Nous sommes obligés de revenir au traitement du sujet, à se demander si les distributeurs seraient intéressés ? Est-ce le bon sujet pour eux ? Cela m’oblige à repenser comment je peux produire et notamment quel film je peux produire. En même temps, en Europe, la France est unique sur la diffusion des films et notamment des films d’auteur, c’est d’ailleurs le seul pays qui fait ce travail depuis si longtemps. Il y a aussi la nécessité pour moi de coproduire en dehors de la France, j’aime beaucoup ça et c’est la solution pour faire des films d’auteurs. De plus en plus, je tends à les imaginer en coproduction européenne.

    Tu sembles être fidèle en tant que productrice, car tu as produit les premiers courts métrages de cinéastes, en majorité des femmes, avec lesquelles tu as aussi produit leurs longs métrages

    Alors, je dois dire que je ne suis pas mariée mais cela fait depuis plus de vingt-huit ans que je vis avec mon compagnon. J’aime la fidélité et j’aime aussi beaucoup la fidélité dans mon travail. C’est ma nature et ma vocation. J’aime connaitre et grandir avec les cinéastes. Nous passons par beaucoup d’étapes, des conflits comme des joies profondes. Ce sont des relations d’une profonde solidité et confiance, avec tout ce qu’il peut aussi avoir de difficile au milieu. Produire des courts-métrages sert aussi à savoir avec qui ça marche ou non. De même, je coproduis sur le long terme.

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    Il y a un caractère éminemment féminin dans tes productions…

    Ce n’est pas quelque chose que j’ai décidé. Je suis femme et j’ai cette sensibilité et affinité avec des sujets que je partage avec les réalisatrices que j’accompagne. Cela se fait de façon naturelle. Ce n’est pas une décision que j’ai prise de produire des femmes. Je ne me sens pas vraiment isolée au sein de ma profession, il y a des productrices, beaucoup même. Ce sont souvent des productrices seules à l’intérieur de leur boite de production. C’est avec les hommes, dans le cadre de mon travail, que j’ai pu être confrontée à des enjeux de pouvoirs, des problèmes de domination, jamais avec mes collègues productrices. C’est, encore une fois, dans la diffusion que je ressens cette difficulté de défendre un cinéma féminin. Le monde de la distribution est vraiment dominé par les hommes. C’est très dur, sur certains films, à ce que le regard féminin trouve son chemin. Sur certains films que j’ai produits, ce regard féminin n’était pas légitime. Souvent cette expression revenait chez certains distributeur « oh ce personnage, elle est chiante ! »

    Mon ami Machuca reste une expérience assez remarquable

    Mon ami Machuca est ma troisième collaboration avec Andrés Wood que j’ai rencontré au moment où je démarrais dans le cinéma. Je commençais au Chili, et Andrés est une très belle personne que j’aime énormément. Dès le départ, ce film était une évidence pour moi. Andrés a un énorme talent pour raconter des histoires. Il fallait faire ce film, que je trouvais extrêmement courageux dans son sujet. Le Fonds Sud, à l’époque, n’a pas voulu soutenir le projet, mais j’étais plus que tout convaincue qu’il fallait produire ce film. J’ai pris des risques financiers pour le faire, et ce fut ensuite une très belle réussite. Il a été sélectionné à Cannes, on fait la clôture de la Quinzaine des Réalisateurs, avec une standing ovation de quinze minutes, nous étions tous en pleurs. Océan Films, qui était à ce moment-là, la très belle boite de distribution pour les films d’auteurs, s’engage à prendre le film. Sur 40 copies il y a eu plus de 200 000 entrées. C’était une de mes plus belles aventures au sein de Paraiso, et je sais qu’il y en aura d’autres aussi.

    En 2016, quel est le défi pour Paraiso ?

    Durer, c’est le principe même du producteur. Durer depuis plus de vingt ans est déjà un défi. En même temps, je n’ai jamais eu une visibilité à très long terme. Cela ne m’a jamais empêché de continuer. Je suis toujours là. Ma boite est très petite, je ne suis pas engagée sur des frais généraux énormes et cela ne me pose pas de problèmes. Aujourd’hui, mon défi c’est que les films d’auteurs que je produis soient vus en salle. Durer, c’est le principe même du producteur. En VOD, dans les télévisions. Qu’ils existent.

    A l’heure actuelle, as-tu toujours ce même désir de produire un cinéma des limbes, borderline, trouble, pour reprendre tes mots ?

    Récemment, je me suis posée cette question du regard. Mon regard s’est affiné avec le temps, j’ai évidemment une ligne mais je ne l’écrirais jamais, car justement je ne veux pas figer mon désir. Je tombe amoureuse de mes projets, c’est ce qui fait mon désir. Ce qui me semble très important, c’est d’ouvrir ma boite de production à d’autres regards. Maintenant j’ai deux collaboratrices Camille Genaud et Clarisse Tupin qui vont produire au sein de Paraiso. C’est sa richesse et son avenir.

    Entretien mené par Nadia Meflah – photographies d’Amirouche Berbour – Paris automne 2016
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