ENTRETIEN MERITXELL COLELL

22 Juin 2017
Paraiso
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Capter le silence

Meritxell Collel parle comme elle filme, à savoir avec précision et souffle, où ce qui se dit est tout à la fois d’une grande clarté comme d’une intense recherche à saisir ce qui nous secoue. De passage à Paris pour la postproduction de son film Con le viento – Face au vent, la cinéaste espagnole revient sur la génèse de son film, une production PARAISO.

Par Nadia Meflah. Paris, juin 2017

A l’origine

J’étais à Buenos Aires et je rentrais à Barcelone. Pour Con el viento, je voulais parler de la distance, raconter cette sensation d’être loin et proche, tout en faisant le portrait de ma mère et de son village. Dans un premier temps, j’avais pensé faire un documentaire, l’histoire était écrite à la troisième personne. C’est lorsque j’ai rencontré Monica que la fiction s’est imposée à moi. Elle est chorégraphe, et elle partage beaucoup de points communs avec le personnage. Con el viento est un récit basé sur le vécu émotionnel des comédiens, tout comme les miens. C’est un film intime.

La danse

J’aime beaucoup la danse même si je ne danse pas. A quatorze ans je suis allée voir Pina Baush et c’est à ce moment-là que je suis tombée amoureuse de la danse. La danse contemporaine est l’expression du corps, c’est l’intensification du mouvement, tout comme le cinéma qui est mouvement. Je trouvais que pour mon personnage principal, Monica, la danse était parfaite pour exprimer toutes les transformations qu’elle vit, à la fois physiques et émotionnelles.

Le pays, la terre 

Monica part très loin car elle ne peut pas rester proche des siens, c’est aussi très douloureux d’être dans cette distance. C’est la terre qui fait qu’elle revient et reste à la maison. Ces paysages, ce vent, c’est ce qui la fait rester auprès de sa mère, dans cette terre.

L’espace est très important, la singularité du film vient de ce territoire il y a une présence spéciale des sons, du vent.  Ce paysage que je connais à la perfection, depuis mon enfance, chaque endroit, chaque mouvement. Je ne pense pas images mais sensations données par cette terre.

De la fabrique

Nous étions une petite équipe, sept personnes. J’avais une idée très concrète du dispositif, grâce aux repérages photos et vidéos que je faisais chaque été. Pour chaque saison, je déterminais quelle optique choisir. Je voulais partir de quelque chose de très erratique pour réussir à fixer, aller du très fragmenté au plan séquence.

Travailler avec PARAISO

Mon projet de film a été retenu à la Cinéfondation à Cannes en 2015 et c’est là que j’ai rencontré Nathalie Trafford. Nous avons eu toutes les deux le désir de travailler ensemble. Ce fut très facile de travailler avec elle car Nathalie a été très présente durant tout le processus du film, dès le scénario où nous avons beaucoup discuté. De même, au montage aussi, sa présence était vraiment importante. Pour moi, c’était fondamentale que la production soit là, tout en laissant la distance, afin de me laisser travailler librement. Nathalie connaissait très bien mon intention, mes idées et mes sensations. Elle était présente pour m’aider à récupérer l’idée initiale du film. Sa présence a fait que le film soit plus riche. En fait, je crois que la direction de la production c’est comme un mariage. On doit aller ensemble du début à la fin. Nous, les réalisateurs, devons entrer dans des questions de production tout comme les producteurs qui doivent être dans des questions créatives. C’est un bon échange

Transformation

Le processus de création est très riche. Faire un film, c’est transformateur, il y a un changement très fort, beaucoup de personnes rentrent dans ton projet, ils le changent et toi aussi tu es changé. Maintenant, il faut laisser voler le film. Le laisser vivre tout à fait seul.

Face au vent – Con el viento 

Premier long métrage d’une jeune réalisatrice espagnole, Con el viento – Face au vent de Meritxell Colell est le récit d’une femme, Monica, danseuse âgée de 47 ans qui vit à Buenos Aires, bien loin de son pays natal, l’Espagne. Sa jeune sœur Elena la contacte, leur père est mourant. Monica revient, après plus de vingt ans, dans cette terre rocailleuse et froide du nord de l’Espagne. Villamartin de Villadiego n’est peuplé que de personnes vieillissantes, sa mère Pilar veut vendre la maison et partir.

Le paysage désertique, comme le vent automnal, les entoure. Le silence aussi. La danse est son refuge, mais comment relier son corps à sa terre, à sa mère, à elle-même ? Dans les gestes du quotidien, dans le travail des champs, de l’hiver au printemps, peu à peu quelque chose advient dans cette terre de solitude. Une chorégraphie, un souffle, un éclat, un visage enfin.

Le site de la cinéaste Meritxell Colell – en anglais et espagnol, vous propose son parcours, sa filmographie, ainsi que des vidéos qui reviennent sur son processus de création

La chaîne YOUTUBE de Paraiso vous propose aussi de retrouver l’entretien filmé avec Merixtell Colell.